Titre : Mother and Child on the beach
Huile sur toile, 1967
71,5 x 56 cm
Signée et datée
Provenance
Galerie Agnès Lefort, Montreal (acquired in 1967)
Prix sur demande
Cette huile de 1967 s’impose d’abord par sa matérialité. La surface est saturée d’un empâtement épais, travaillé, repris, écrasé, qui donne au tableau une dimension quasi sculpturale. La peinture n’y est pas un simple moyen de représentation, mais devient le véritable sujet. Cette densité produit une image compacte, sans respiration, où chaque zone semble lutter pour exister. On est loin d’une spontanéité pure : derrière la violence du geste affleure une construction lente, une accumulation qui alourdit et tend l’ensemble.
La composition, resserrée et frontale, organise difficilement une lecture stable. Les formes s’imbriquent, tournent, se confondent, créant une circulation interne plutôt qu’une scène. Le motif de la mère et de l’enfant, suggéré par le titre, n’apparaît qu’après coup, presque malgré la peinture. Les figures sont fusionnées, obstruées, réduites à quelques signes : yeux circulaires, bouches entaillées, contours instables. La distinction entre figure et fond est volontairement brouillée, renforçant cette impression d’une présence humaine prise dans une masse picturale indifférenciée.
La couleur joue un rôle structurant dans cette confusion apparente. Les rouges et oranges dominants imposent une chaleur presque violente, tandis que les jaunes acides viennent électriser le centre de la composition. Les verts et les bleus, plus sourds, introduisent des zones de résistance et de refroidissement. L’ensemble ne relève jamais du décoratif : la couleur sert à fragmenter la surface, à créer des tensions, à maintenir une instabilité constante entre les éléments.
Dans le parcours d’Appel, cette œuvre témoigne d’un moment où la figuration persiste mais vacille. L’énergie brute des années CoBrA est toujours présente, mais elle est ici plus lourde, plus enfouie, moins immédiatement lisible. Le tableau ne cherche plus l’impact frontal ; il impose une densité, une opacité qui peuvent le rendre moins spectaculaire, mais plus complexe. Une pièce tres significative d’une phase où Appel pousse son langage vers une forme de saturation, où la figure humaine se maintient au bord de sa propre dissolution.

